Georges Folmer

Son parcours artistique

Une formation académique et pluridisciplinaire

Georges Folmer est né en 1895 à Nancy. En 1911 il entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy où il reçoit une formation pluridisciplinaire : dessin, peinture, sculpture, gravure sur bois et sur cuivre, architecture. Mais en 1914 il est fait prisonnier civil en Allemagne jusqu’en 1917 où il est libéré sous condition à Genève où il terminera ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Genève. De 1918 à 1927 il expose régulièrement ses œuvres à Nancy, galeries Mosser et Majorelle, à la Société Lorraine des Amis des Arts et au Musée de Mulhouse.

Un parcours initiatique chez le Nabis Henri-Gabriel Ibels

En 1919 il s’installe à Paris et travaille à l’atelier théâtral d’Henri-Gabriel Ibels, personnalité du groupe des Nabis avec Vuillard et Maurice Venis. Là, Folmer s’écarte de l’académisme pour s’impliquer dans la simplification stylistique (paysages de l’Ile d’Oléron 1920). Il poursuivra cette stylisation des formes dans ses créations de costumes de théâtre et sera marqué par la formule de Maurice Denis : « une surface plane recouverte de couleur dans un certain ordre assemblé ». A cette époque Folmer travaille également les cloisonnés et les émaux.

Une rencontre décisive – Les théories des Maîtres

En 1926, il rencontre Félix Del Marle qui dirige la revue lilloise « Vouloir » et Lempereur, peintre musicaliste. C’est le début de l’initiation au néoplasticisme et à l’art abstrait. Folmer étudie les théories de Mondrian, Van Doesbourd, Vanttongerloo ; il dessine et peint alors ses premières œuvres d’influence cubiste, souvent inspirées de l’univers du théâtre ou du cirque.

En 1932, il fréquente Auguste Herbin qui préside Abstraction-Création. Folmer dit que « les écrits de Mondrian lui font prendre conscience de l’efficacité de la forme pure ».

Des expositions marquantes – Etude du Nombre d’Or

En 1935, Folmer participe au Premier Salon d’Art Mural à Paris, aux côtés de Gleizes, Kandinsky, Gorin… Il a déjà entrepris des recherches sur le Nombre d’Or  avec son ami mathématicien et artiste Dimitri Viener. Enfin il s’installe dans l’atelier de la rue Montauban, à « La Ruche » dans le « coin des princes » (cf. « La Ruche, cité d’artistes » par Sylvie Buisson Edit.Altenatives p.109 « L’exception Folmer »).

En 1937, l’Etat lui commande une fresque pour l’Exposition internationale de 37 : « Jupiter lançant la foudre » pour le Pavillon de la Ville de Paris ; l’œuvre se doit d’être classique, figurative, mais elle est très stylisée et de réminiscence cubiste. Toutefois dans l’atelier, les œuvres de Folmer abandonnent peu à peu la représentation du sujet : il chemine vers l’abstraction qu’il aborde avec des dessins à l’encre, encre et fusain ou encre et gouache.

Vers l’abstraction

1939 est une année importante : fondation par Nelly Van Doesburg et Frédo Sides du Groupe Renaissance Plastique. Folmer participe à l’exposition internationale d’abstraction organisée par ce Groupe à la galerie Charpentier à Paris ; en fait cette manifestation sera l’avant-première du Salon des Réalités Nouvelles. Ce foisonnement soude une amitié durable entre Folmer, Del Marle, Gorin, Beothy, Servanes.

En 1941/1942 ce sont des années de maturité dans l’orientation de la création de Folmer : les œuvres abstraites précédentes, dessins ou peintures étaient marquées par un travail de la matière et une superposition des techniques, à présent la géométrisation s’accentue et les aplats sont lissés. Mais ce qui va marquer cette période ce sont :

  • La création des bois polychromes (acquisitions des Musées de Grenoble en 1988 et de Nancy en 1993). La poursuite des encres-monotypes, ou encre et gouache avec des rehauts de crayon ou de sanguine. Il les réalise avec des brosses et des rouleaux de sa fabrication propre.
  • La référence au Nombre d’Or  « Symphonie harmonique » (acquise en 1947 par le MNAM de Paris, aujourd’hui au Centre Pompidou. Encyclopédie Larousse Tome II p.97) qui règle la construction géométrique de Folmer.

En 1945, Frédo Sides réunit les anciens de la galerie Charpentier et fonde la nouvelle association dite « Salon des Réalités Nouvelles ». Folmer y participe étroitement : le salon est dédié exclusivement à l’art abstrait. La première édition a lieu en 1946.

Le foisonnement : « Réalités Nouvelles » – « Groupe Espace » – Colette Allendy

En 1948 Folmer signe le manifeste du salon des Réalités Nouvelles qui s’insurge contre l’élimination systématique des œuvres abstraites de toute exposition officielle. Folmer fait partie du noyau dur, au côté de Del Marle, qui se réunit « au café de la Boule d’Or » à Paris, pour débattre de l’intégration de l’abstraction dans l’environnement quotidien et dans l’architecture. Ces débats les amènent en 1949, avec Gorin, Beothy et Servanes à poser les fondations du Groupe ESPACE.

En 1950, mise en place par Del Marle et Folmer d’une salle « Espace » au salon des Réalités Nouvelles. Exposition personnelle de Folmer chez Colette Allendy, seule galerie avec Denise Rene à défendre l’abstraction. Il y reçoit les félicitations de Seuphor « La sculpture de ce siècle » de Michel Seuphor : Folmer p.134.

En 1951, Folmer signe le manifeste du groupe ESPACE (cf. Musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt) et en devient membre actif avec Sonia Delaunay, Walter Gropius, Fernand Leger, Jean Gorin, Léo Breuer, Aurélie Nemours, Jean Arp. L’art construit est fondé sur le seul rapport forme/couleur. Folmer expose à nouveau chez Colette Allendy.

En 1952, il est chargé par la Fondation ESPACE de l’aménagement mobilier à la Cité Universitaire de Paris, Maison de la Tunisie. Au Salon des Réalités Nouvelles, Folmer est nommé par Herbin responsable des salles de la section « abstraction-géométrique ». Seuphor qualifie Folmer de « tenace constructeur ». Folmer est devenu un des principaux acteurs de la scène artistique de l’abstraction géométrique. 1953 est une année de troubles : après la mort de Del Marle, Folmer, Gorin, Servanes démissionnent du Groupe ESPACE dont, disent-ils, les arguments initiaux ont été détournés de l’objectif de : synthèse des arts

Jusqu’en 1956, Folmer, avec la confiance de Herbin, défend et développe avec une belle résonance l’abstraction-géométrique. Les critiques d’art : Ragon, Boudailles, Riviere et Gindertael s’en font l’écho. Mais au départ de Herbin, qui demeure Président d’honneur du Salon, les « tachistes » puis « les informels » s’opposent aux «  constructivistes ». Folmer est nommé Secrétaire Général du Salon des Réalités Nouvelles et défend ses salles « constructivistes ». Seuphor écrit « Folmer est un des piliers moraux du Salon ».

Annexes :

D’autres formes géométriques chez Folmer, avant la Fondation du Groupe Mesure :

Depuis les années 50 Folmer se tourne de plus en plus vers une épuration des formes, en même temps qu’une diversification avec l’introduction des courbes et des formes ovoïdes. La palette est marquée par des bleus forts ou des ocrés, ponctués par des transparences  de gris subtils.

La réflexion de sa personnalité rigoureuse, austère et presque confidentielle, le porte à s’exprimer avec des noirs de densité diverse.

En 1957, les compositions ont toujours un rythme rigoureux mais on notera de plus en plus l’introduction des courbes dont la force est accentuée par une palette plus restreinte : force des blancs qui apportent la lumière aux noirs et gris, ponctuellement un bleu fort s’insère. Depuis quelque temps il prend pour titre de ses œuvres des vers de Mallarmé, dont le langage abstrait traduit la forme plastique de Folmer : « une fusion de l’abstraction poétique et plastique » selon le critique René Massat.

En 1959-1960 malgré sa défense ardente de la « section géométrique » du Salon des Réalités Nouvelles, Folmer voit ses linéaires de cimaises réduits. Il décide alors de regrouper « tous les géométriques » ceux des Réalités Nouvelles et ceux qui se reconnaîtront comme tels, au sein du Groupe MESURE qu’il fonde et préside en 1960, ayant à ses côtés Jean Gorin comme vice-président. On compte parmi eux : Aurélie Nemours, Léo Breuer, Marcelle Cahn, Marino Di Teana, Francis Pellerin.

De 1961 à 1965 MESURE ouvre un cycle d’expositions en France, au Musée de Rennes et en Allemagne : Ludwigshafen, Francfort, Brême, Witten, Kaiserslautern…Folmer donne des conférences, plaidant pour l’introduction de l’Abstraction à l’architecture et aux domaines connexes, ouvrant ainsi leur idéal de synthèse des Arts. En 1961, Folmer est élu consultant à l’AFCC (Association Française des Coloristes Conseils). Il fait deux grandes expositions personnelles à Paris : l’une à la galerie Hautefeuille dirigée par Hélène Pillement, l’autre chez Raymonde Cazenave où il montre ses travaux cinétiques (roto-peintures, tableaux reliefs).

En 1967, Folmer organise avec Denise Rene une exposition de groupe importante à Toulouse. Il travaille des cartons de mosaïque et en réalise dans des bâtiments à Paris, Alfortville et Metz. L’exécution est faite par Melano et Leoni, ses voisins de « La Ruche » et mosaïstes de Léger et Chagall.

En 1968  il se retire de ses fonctions au salon des Réalités Nouvelles pour raisons de santé ; à cela s’ajoute l’expropriation de son atelier, pour destruction d’une partie de « La Ruche », il s’établit sur les bords du Rhin, en Allemagne. Là, il travaille les encres-monotype, des nouveaux cartons de mosaïques et des maquettes cinétiques.

En 1969 il expose ses dessins chez Landwerlin à Strasbourg.

En 1973, le Salon des Réalités Nouvelles organise son Jubilé, la préface du catalogue est signée par Roger Van Gindertael. Trois acquisitions marquantes de 71 à 73 par la Ville de Paris : « Que la vitre soit l’Art », par le ministère de La Culture : « Appel 1958 » par le Musée National d’Art Moderne de Paris : « J’ai de mon rêve épars connu la nudité ».

En 1977, mort de Folmer à Neumuhl en Allemagne.

De 1939 à 1973 on peut dire que Folmer aura exploré les plus grandes voies offertes par la géométrie pour réaliser ses créations sculpturales ou picturales, justifiant ainsi sa personnalité reconnue d’artiste abstrait-géométrique :

  • géométrie du nombre d’or dans le travail cubiste, puis dans l’abstraction
  • géométrie dans les volumes avec les bois polychromes
  • géométrie dans les dessins avec les encres-monotypes et les gouaches
  • géométrie dans les grands aplats des peintures constructivistes
  • géométrie dans les reliefs avec les tableaux reliefs, ou tableaux-grilles
  • géométrie cinétique dans les roto-peintures
  • géométrie pour les mosaïques dans l’architecture.